HEBERGEMENT 

L'hébergement de courte durée : un secteur encore trop polluant

 

Il est difficile de trouver un mode d'hébergement en tournée ou en résidence dont l'impact environnemental soit faible, tant dans la consommation induite par le court séjour que par les infrastructures elles-mêmes. 

 

L’impact général de l’industrie hôtelière

Conçue avant tout pour le tourisme ou les affaires, l’industrie hôtelière représente déjà en soi une source multiple de pollution. Elle incite au tourisme de masse, à la fragilisation des zones naturelles, à l’artificialisation des sols… et parfois cumule ces facteurs de pollution. Cela a été le cas, par exemple, avec le projet abandonné de complexe commercial et hôtelier à Gonesse, près de l’Aéroport de Roissy. 

 

D’après EVEA Tourisme, cabinet conseil en innovation en tourisme durable, une nuit d’hôtel, c’est en moyenne :

  • 6.9 kilo de CO2 dégagé dans l’atmosphère, soit ??? fois plus qu’en restant chez soi. 

    • dont 34 % dus au chauffage et à la climatisation

    • dont 23 % du au petit-déjeuner,

    • dont 17 % dus à la blanchisserie

  • 178 litres d’eau, l’équivalent d’un bain… quand les institutions environnementales recommandent à l’unisson la douche plutôt que le bain !

 

Le gaspillage lié aux logements en tournée

« On arrive tard, on n’y passe que quelques heures, on a juste pris une douche

et pourtant tout sera re-nettoyé de fond en comble. » 

(Karine, régisseuse de tournée)

En tournées, les artistes et techniciens ont besoin d’intimité et de confort pour le temps du sommeil. Mais il arrive trop fréquemment qu’une chambre sur-équipée, très consommatrice en eau et en énergie, est mise à disposition. Elle ne servira pourtant qu’à accueillir un court sommeil, entre minuit et sept heures du matin, avant d’être intégralement nettoyée, récurée, sac poubelle et objets plastique remplacés, et literie intégralement changée. 

 

Lorsqu’il s’agit de la petite tournée d’un artiste de one-man-show les effets restent raisonnables, mais pour les tournées affichant une centaine de représentations à 15, 20 ou 50 personnes, l’impact en est d’autant démultiplié.

Un type d'accueil qui ne convient plus

Un accueil sur-consommateur

Être logés dans des espaces générant du gaspillage en entretient, en eau et en chauffage.

Un excès d’électronique et de technologie : ouvertures , télévisions, mini-réfrigérateur individuels etc… - ce qui n’empêche pas les lieux d’être dotés d’équipements collectifs !

Des espaces avec jacuzzi, baignoire, piscine, douche massante… sauf si cela est conçu écologiquement, dans une démarche sobre, et créant le lien avec l’écosystème environnant bien entendu.

La confusion entre confort et luxe est fréquente dans l’hôtellerie. Il apparaît clairement qu’un accueil libéré de ces excès est rare, voire inexistant. 

 

La contribution à une industrie polluante par nature

Par le choix du type d’hébergement, nous ne voulons plus contribuer à une industrie de construction trop énergivore ou impactant les milieux naturels, et optons pour le boycott des grandes chaînes hôtelières, dont aucune jusqu’à présent ne respecte les critères de base de l’éco-label européen. Nous souhaitons aussi nous soustraire de ce secteur qui produit une importante pollution publicitaire, et par ses aspects monopolistiques écrase les solution alternatives et indépendantes. 

 

 

Ce que nous voulons 

Nous devons composer avec le fait qu’il n’existe pas encore de solution idéale, d’hôtel à énergie positive, bâtis en éco-construction, réellement peu consommateur en eau. Cela n’existe pas encore, en tout cas pas à prix abordable et d’accès facile. Les Eco-gite sont certes très sobres, mais pour l’instant chers et rares.

Nous voulons du confort et de l’intimité, mais ni luxe ni cloisonnement. 

 

Idéalement une pratique de tournée soutenable par nature

Dès la conception d’un projet, de son avenir et de son modèle économique, il sera important de prendre la dimension du déplacement et donc de l’hébergement en compte.

Nous travaillerons à retrouver le temps long, la résidence, le plaisir de jouer plusieurs représentations au même endroit. 

Les solutions étant souvent à portée de main, nous imaginerons d’autres formes de tournées : uniquement dans sa propre commune ou département, avec retour chez soi le soir, spectacle en appartement avec hébergement des artistes, spectacle mobile en roulotte, caravane, tente, yourte, camping-car, et toute autre idée alliant la forme d’une création à l’hébergement de ses acteurs. 

 

Chez l’habitant, chez la bénévole, chez le public

La rencontre elle-même est une écologie. Lorsque l’autre, son habitat et une partie de sa vie sont partagés, le regard s’ouvre, la possibilité d’en sortir grandi se présente. Lorsque le spectacle a permis de se dévoiler, de vibrer ensemble, la discussion au petit déjeuner ou à la boisson du soir est nourrie de ce qui a été vécu. 

De plus, une discussion autour des questionnements actuels peut avoir lieu, et un respect des lieux et des pratiques s’impose. Par exemple, si la présence d’une baignoire provoquera peut-être le réflexe d’un bain en hôtel, il sera moins incité chez l’hôte qui accueille dans son logement. Et la télévision restera certainement éteinte. 

 

Un logement partagé, pas uniquement lors des résidences

Cela se fait déjà beaucoup dans le cadre de résidences : des salles de spectacle, théâtres ou collectivités mettent à disposition un logement, permettant la mutualisation d’une cuisine, d’une salle de bain, d’un espace de vie, pour un groupe d’artistes et de techniciens travaillant sur une création. 

Pourquoi ne pas envisager une généralisation de ce système dès que les représentations sont étalées sur plusieurs dates successives ? 

 

Des lieux impliqués 

« Pas de télévision dans les chambres, pas de baignoires mais des douches plus économes en eau, des cafetières avec dosettes en papier de marque équitable, aucun plastique, des produits bio, des meubles issus du recyclage… »

(Article Lemonde.fr sur l’hôtel écologique)

Nous tacherons toujours de choisir ou faire choisir, pour loger les équipes en tournée, des lieux veillant aux économies en énergie, en eau, aux moindres déchets, à l’alimentation végétale, bio, locale, de saison, aux produits nettoyants non-toxiques.
Potager du jardin, toilettes sèches, compost… est-il utile de préciser à quel point les initiatives fondamentalement écologiques sont les bienvenues ? 

Il y a aussi une dimension écologique dans le soutient aux hôtels raisonnés, loin des grosses industries, aux gîtes ou chambre d’hôtes participant par ailleurs à des actions positives et locales : patrimoine, arts, partenariats avec les festivals, sensibilisation aux éco-systèmes alentours, et autres particularités culturelles mises en valeur par des entreprises de l’hébergement soucieuses d’humanisme.

 

Action individuelle et organisation logistique

Les productions veilleront à mettre à disposition, pour chaque artiste ou technicien, le matériel pour éviter le gaspillage : serviettes tissu, vaisselle…

C’est une démarche individuelle aussi : produits d’hygiène respectueux de l’environnement et conditionnés dans du matériel non-jetable, serviettes en tissu, refus poli des pailles, sachets jetables ou cadeaux commerciaux. 

 

Les labels

Si les solutions présentées sont difficiles à mettre en place, on tachera de s’adresser à des hôtels labélisés. Car même si les labels sont parfois trop peu exigent, les hébergements qui font la démarche d’en obtenir sont quasiment toujours guidés par un réel intérêt pour une diminution des impacts environnementaux. 

 

Les plus fréquemment rencontrés : Eco-label européen, la Clef verte, Green Globe, Bio Hôtels, Ethic Etape, et une certification du management environnemental : la norme iso14001

Quelques exemples des critères d’attribution de labels :

  • Utilisation de produits non-toxiques pour le nettoyage

  • Système pour réduire la consommation d’eau 

  • Sources d’énergie renouvelables et éclairage écoenergétique,

  • Savon biologique en vrac

  • Bacs de recyclage

  • Nourriture bio et locale cultivée, servie dans des plats non jetables,

  • Recyclage des eaux usées 

  • Respect de l’environnement dès la construction : des matériaux recyclés, des peintures spéciales, des matériaux isolants et des ouvertures pour laisser passer la lumière naturelle. 

(Web magazine consoglobe.com)

 

Attention : Les labels ne font pas tout. Ils reflètent certes des choix concrets et chiffrés, mais malheureusement pas nécessairement une réelle philosophie de l’écologie. Par exemple, dans les critères d’attribution d’un label, on ne lira pas « avez-vous supprimé les téléviseurs et réfrigérateurs individuels ? » mais « Avez-vous mis en place une procédure afin d'éteindre les appareils électriques dans les chambres inoccupées? »

Par ailleurs, certaines marques ressemblent à des labels, mais n’en sont pas. Cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas engagés, mais cela ne garantit rien. 

 

Prendre les devants

Enfin, nous ferons en sorte d’anticiper nos rencontres avec les espaces d’hébergements, voire faire de la sensibilisation en amont : discuter avec les hôtels de la démarche, demander à ne pas avoir de produits hygiéniques ou cosmétiques en emballages individuels, pas d’excès de chauffage ou climatisation, pas d’appareils électroménagers individuels. 

 

 

Références 

- Un exemple d’hôtel Eco-responsable et engagé culturellement : 

L’Hôtel Amiral à Nantes 

https://www.hotel-nantes.fr/234-les-chambres/35210-chambre-d-artiste.html

 

Les label, norme, franchise… : 

- Label La Clef verte / Green keys : https://www.laclefverte.org/le-label/présentation/

- L’éco-label européen 

- http://www.iso14001.fr

- https://www.ethic-etapes.fr

- Eco-Gite (lié à Gites de France), qualification et non label, disposant d’un guide très exigeant

 

- cairn.info : étude sur l’environnement en hôtellerie. https://www.cairn.info/revue-management-et-avenir-2013-8-page-31.htm

- https://www.consoglobe.com/eco-hotel-tourisme-ecologique-ecotourisme-cg

- https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/08/31/l-hotel-du-futur-sera-ecologique-et-convivial_5348335_3234.html